Le choléra est une infection intestinale aiguë
à
caractère
épidémique,
strictement humaine, à l’origine de pandémies et représentant un problème majeur de santé publique. La perte massive de liquide diarrhéique
riche en électrolytes
entraîne
une déshydratation
importante pouvant provoquer un état de choc. En l’absence de traitement, le choléra
est mortel dans 25 à 50 % des cas, mais le traitement réduit
le taux de mortalité à moins de 1 %. L’agent du choléra est une bactérie à Gram négatif, appartenant aux sérogroupes
O1 ou O139 de l’espèce
Vibrio cholerae. Le rôle du laboratoire de bactériologie
est très
important pour le diagnostic de cas isolés - cas dits « d’importation » – ou pour le diagnostic des premiers cas d’un nouveau foyer épidémique.
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* Écrit par : Marie-Laure Quilici
* Figure : présentation classique de la maladie (la dernière fiche) : a partie de AVIQ - FICHE INFORMATIVE CHOLERA version avril 2018.
* Images : a partire du web.
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* Écrit par : Marie-Laure Quilici
* Figure : présentation classique de la maladie (la dernière fiche) : a partie de AVIQ - FICHE INFORMATIVE CHOLERA version avril 2018.
* Images : a partire du web.
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Le diagnostic bactériologique
est relativement aisé du fait de l’abondance du vibrion cholérique
dans les selles. Cependant, les épidémies de choléra surviennent souvent dans des régions
où
il n’y
a pas de laboratoire de microbiologie, alors qu’un diagnostic rapide et rigoureux est indispensable
pour mobiliser les ressources nécessaires au traitement des malades et maîtriser
l’épidémie.
Un test de diagnostic rapide, qui serait
d’une
grande utilité
pour les pays ne disposant pas des infrastructures nécessaires,
est en cours de validation par l’OMS. Son utilisation ne dispensera pas cependant de l’isolement
de la souche, indispensable à l’étude de caractères d’intérêt épidémiologique. Le suivi des souches et l’échange
d’informations
au niveau mondial sont des éléments indispensables à la mise en place d’une surveillance efficace du choléra.
Historique et situation actuelle
1.
Le
choléra,
maladie infectieuse diarrhéique d’origine bactérienne, à caractère épidémique, est connu depuis très
longtemps, comme en témoigne son étymologie la plus probable qui signifie en grec
ancien «
écoulement
de bile ».
Ce n’est
cependant qu’en
1817 que commença
la première
pandémie
cholérique
qui envahit l’Asie,
le Moyen-Orient et l’Est de l’Afrique et qui dura jusqu’en
1823. Les pandémies
qui lui ont succédé,
ayant toutes l’Asie
comme point de départ,
ont atteint successivement tous les continents en progressant de plus en plus
rapidement avec l’amélioration des moyens de transport . C’est
au cours de la cinquième pandémie (1881-1896) que Robert Koch démontra,
en 1883, le rôle
pathogène
de la bactérie
V. cholerae (observée sur des coupes anatomiques par Pacini en 1854) dans
le choléra.
Cette bactérie
fut identifiée
ultérieurement
comme appartenant au sérogroupe O1 et au biotype classique de l’espèce
V. cholerae. Nous sommes actuellement, depuis 1961, dans la
septième
pandémie
cholérique,
due à
V. cholerae O1, biotype El Tor.
Les souches appartenant à
ce biotype, défini
sur la base de quelques caractères phénotypiques, ont été isolées pour la première fois en 1905 au lazaret de El Tor, dans la presqu’île
du Sinaï.
Il fallut cependant attendre 1961 pour qu’elles soient reconnues comme responsables du choléra.
C’est
pourquoi la septième pandémie cholérique n’a commencé officiellement qu’en 1961, avec la dissémination en Asie de V.
cholerae O1, biotype El Tor. Cette septième
pandémie
a atteint l’Afrique
en 1971, l’Amérique
latine et
l’Amérique centrale en 1991 et Madagascar en 1999, alors que
cette île
avait été
épargnée
par ce fléau
pendant un siècle.
Alors que la septième pandémie cholérique est loin d’être terminée, l’apparition en Inde et au Bangladesh, fin 1992, d’épidémies
de choléra
provoquées
par une souche différente de la souche responsable de la septième
pandémie,
et appartenant à
un nouveau sérogroupe
de l’espèce
V. cholerae, le sérogroupe O139, fait peser la menace d’une
huitième
pandémie.
Il semble cependant à ce jour
que cette souche reste confinée
au continent asiatique.
Au début du XXIe
siècle,
l’évolution
du choléra
est caractérisée
par la persistance d’un grand nombre de pays atteints par des épidémies,
la persistance pour certains d’entre eux d’épidémies dramatiques, et le risque représenté
par la nouvelle souche de V. cholerae O139 contre laquelle V. cholerae O1
n’induit
pas de protection croisée. Les deux continents les plus touchés
sont l’Afrique
et l’Asie,
94 % du total des cas et 98 % des décès étant signalés en Afrique. Le choléra reste aujourd’hui une maladie grave, aussi bien
pour l’individu que pour les collectivités,
notamment par ses conséquences économiques dans les pays en développement.
Comme l’observe chaque année l’Organisation mondiale de la santé
(OMS), qui publie un état du choléra
dans le monde à partir des notifications effectuées
par les pays, « le nombre de personnes actuellement vulnérables au choléra augmente
de façon spectaculaire dans l’ensemble du monde, créant les
conditions d’un problème majeur à l’échelon de la
planète ». Pour l’année 2008, 56 pays ont
officiellement déclaré à l’OMS un total de 190 130 cas et 5 143 décès . L’OMS « estime toutefois que les chiffres réels sont plus élevés, compte tenu de la sous-notification et d’autres insuffisances des systèmes de surveillance ainsi que de l’augmentation du nombre de personnes vulnérables », et estime à moins de 10 % des cas réels le nombre de cas officiellement déclarés. Pour illustrer cette sous-notification,
nous citerons l’exemple, qui n’est sans doute pas unique, du Bangladesh où de 100 000 à 600 000 personnes sont atteintes de choléra chaque année alors qu’aucun cas n’est notifié à l’OMS.
Clinique, physiopathologie et modalités de contamination
Après une incubation de quelques heures à
quelques jours, le choléra se manifeste brutalement par de violentes diarrhées
et des vomissements, sans élévation de la température. Les selles, fécaloïdes au début, deviennent rapidement aqueuses, couleur eau de
riz, avec des flocons blanchâtres, grains riziformes qui sédimentent
et se remettent facilement en suspension. Les selles cholériques
ne sont jamais sanglantes sauf en cas d’association avec une autre pathologie comme une
shigellose. Cette importante fuite d’eau et d’électrolytes entraîne des crampes musculaires très
douloureuses ainsi qu’une soif intense impossible à
calmer du fait des vomissements. Ces crampes et ces douleurs atteignent les
membres inférieurs,
les membres supérieurs,
les muscles de la face, puis l’abdomen et le thorax. Les yeux s’enfoncent
dans les orbites, les muscles orbiculaires des lèvres se crispent, donnant une expression
de « rire sardonique ». Le visage du cholérique est cyanosé d’où l’expression « avoir une peur bleue ». Les autres conséquences de la déshydratation sont : un pouls rapide et filant
difficilement prenable, un effondrement de la pression artérielle,
une respiration difficile, un enfoncement des joues, un pli cutané
persistant révélant
la déshydratation
du tissu cellulaire, une peau couverte d’une sueur froide due à une baisse de la température des extrémités alors que la température centrale est presque normale (choléra
algide), une oligurie évoluant rapidement vers une anurie. Même
lorsque la déshydratation
est importante, le malade, prostré, reste lucide, parfois agité
et irritable. En l’absence de traitement, il évolue
vers un état
de grande faiblesse, de léthargie puis la mort survient en 1 à
3 jours, dans 25 à 50 % des cas, par collapsus cardiovasculaire. La
mortalité
est plus importante chez les enfants, les personnes âgées
ainsi que chez les sujets carencés. Cette forme clinique du choléra
avec état
de choc représente
classiquement 10 % des cas de choléra au cours d’une épidémie.
Le choléra peut aussi se manifester sous la forme d’une
gastroentérite
sévère
entraînant
une déshydratation
importante (5 à
10 % du poids du corps) mais sans état de choc. Classiquement, cette forme représente
environ 30 % des cas et l’évolution est le plus souvent favorable.
Enfin, dans environ 60 % des cas, le choléra
se manifeste sous une forme très
atténuée,
appelée
«
cholérine
»,
plus difficile à
diagnostiquer, et dont l’évolution est plus lente et généralement
moins grave, la guérison survenant le plus souvent spontanément en quelques jours. ہ
côté
de ces formes cliniques typiques, il existe de rares cas de choléra
«
sidérant
»
ou «
sec »
dans lequel une chute
brutale de la tension entraîne
la mort par collapsus alors qu’il n’y a pratiquement pas eu de diarrhée.
Dans ces formes d’évolution foudroyante, qui surviennent généralement
chez les enfants, les sécrétions intestinales restent confinées
dans un intestin grêle et un côlon distendus.
Le choléra résulte de l’absorption, par voie orale, du vibrion cholérique
contaminant l’eau
ou les aliments. La dose infectieuse, déterminée au cours d’expérimentations sur
des volontaires, est relativement élevée,
de l’ordre
de 108 à
1011 bactéries, du fait de la sensibilité
du vibrion cholérique à l’acidité gastrique. Cela explique que la dose infectieuse
soit beaucoup plus faible lorsque les vibrions
cholériques
sont inclus dans des aliments, qui les protègent pendant leur passage dans l’estomac.
Il a été
montré
que la neutralisation de l’acidité
gastrique par une solution de
bicarbonate de sodium permettait d’abaisser la dose
infectieuse à
104-106 bactéries,
et cette méthode
est utilisée pour
les infections expérimentales réalisées chez des
volontaires aux ةtats-Unis.
Après passage dans l’estomac, les vibrions qui ont survécu
se fixent au niveau de la partie proximale de l’intestin grêle, traversent la couche de mucus et adhèrent
aux entérocytes
grâce
à
leurs pili. Ils sécrètent alors la toxine cholérique,
principale toxine produite par le vibrion cholérique, composée d’une sous-unité A et de 5 sous-unités B, dont l’action va altérer les transports ioniques membranaires, à
l’origine
de la diarrhée.
Ce dérèglement
ionique entraîne
une perte massive d’eau et d’électrolytes dans la lumière
intestinale, aboutissant à la diarrhée caractéristique du choléra.
Le volume d’eau éliminé peut atteindre 15 à 20 L par jour, ce qui explique la gravité
de la déshydratation.
Le compartiment extracellulaire est d’abord touché par cette déshydratation, avec
une diminution des volumes intravasculaires. Ensuite, l’atteinte
du compartiment intracellulaire affecte les fonctions cellulaires. Lorsque le
volume intravasculaire diminue de plus de 20 %, l’hypotension et le manque de perfusion des organes
vitaux entraînent
la mort.
La toxine cholérique ne provoque pas de lésions
cellulaires et peut donc être considérée plus comme une
cytotonine que comme une cytotoxine. Cela explique que la muqueuse
intestinale ne présente pas de lésions macroscopiques et que le malade, bien réhydraté, guérisse sans séquelle. L’élimination naturelle des vibrions cholériques, liée à un facteur mécanique, l’abondance de la diarrhée, et la mise en place de défenses immunitaires, d’abord non spécifiques puis spécifiques, contribuent à une possible évolution spontanée vers la guérison. Cependant, paradoxalement, l’absence de lésions cellulaires et le fait que le vibrion cholérique ne pénètre pas dans les cellules, expliquent que les malades
ne présentent
pas d’élévation
de leur température
et qu’en
conséquence,
leur état
de conscience soit maintenu jusqu’à un stade avancé de la maladie. Le maintien de cet état
de conscience, chez un malade qui se voit littéralement mourir, contribue sans doute à
la sinistre réputation
du choléra
dans la conscience populaire.
La physiopathologie du choléra
permet de comprendre la transmission des vibrions cholériques.
La propagation rapide du choléra dans les populations s’explique
par le fait que l’homme est d’une part un milieu de culture et d’autre
part un moyen de transport. En effet, les selles diarrhéiques,
libérées
en grande quantité sous l’action de la toxine cholérique,
vont répandre
les vibrions cholériques dans l’environnement ; en l’absence de systèmes d’assainissement et d’approvisionnement en eau potable, qui représentent
de ce fait un bon marqueur de la pauvreté et de l’absence d’hygiène d’une population, les vibrions cholériques
sont alors transmis de façon indirecte par contamination de l’eau
et des aliments (péril orofécal) et de façon directe par les contacts interhumains. De
nombreuses études
épidémiologiques
réalisées
en Asie, en Afrique et en Amérique latine ont démontré le rôle important des aliments contaminés
dans la transmission du choléra et notamment des aliments préparés
ou conservés
dans de mauvaises conditions d’hygiène, comme ceux préparés dans la rue .
Par ailleurs, pendant la période
d’incubation de la maladie, ou au cours d’un
portage asymptomatique,
l’homme transporte les vibrions cholériques
dans son intestin, sur des distances plus ou moins longues selon les moyens de
transport utilisés.
Des études
ont montré
que le portage de vibrions cholériques pouvait persister de 2 semaines à
7 mois chez des convalescents.
Les vibrions cholériques possèdent également une deuxième niche écologique, l’environnement marin. C’est l’acquisition,
par des souches de sérogroupe O1 de l’espèce V. cholerae –
initialement d’origine
marine et dont la niche écologique est représentée par les eaux côtières et estuariennes –, d’une cassette de virulence transmise par un phage, le
phage CTX, qui leur a permis de devenir des vibrions cholériques
et de conquérir
avec le succès
que l’on
connaît
une nouvelle niche écologique : l’homme . Il est également possible que la survie des vibrions cholériques
dans l’environnement
marin puisse jouer un rôle dans l’entretien des épidémies de choléra. L’existence d’un réservoir naturel aquatique de vibrions cholériques
associés au phytoplancton et zooplancton a été
démontrée
au Bangladesh . La période de floraison de ce plancton dans le golfe du
Bengale correspond à une recrudescence des cas de choléra
dans cette région
du monde.
Agents responsables
Les agents responsables du choléra, appelés vibrions cholériques, sont des bacilles mobiles, Gram négatifs, oxydase positifs, appartenant à la famille des Vibrionaceae et au genre Vibrio. Ce genre bactérien comprend plus
de 90 espèces, ayant essentiellement pour habitat
le milieu
marin et, plus particulièrement, les eaux côtières et
estuariennes. La diversité des espèces du genre Vibrio est à la mesure de celle
du milieu marin. Du point de vue médical, il est
cependant possible de distinguer 2 populations parmi les vibrions pathogènes pour l’homme :
les vibrions cholériques,
responsables du choléra, population constituée de souches appartenant à 2 sérogroupes – O1 et O139 – de l’espèce V. cholerae. Ces souches se sont adaptées à l’homme et possèdent donc 2 niches écologiques, l’homme et les eaux côtières et estuariennes
;
les vibrions non cholériques, appartenant
d’une part aux sérogroupes de l’espèce V. cholerae autres que O1 ou O139 (V. cholerae non-O1/non-O139), et, d’autre part,à d’autres espèces du genre
Vibrio, parmi lesquelles on peut citer V. parahaemolyticus et V. vulnificus. L’homme entre en
contact avec ces « vibrions non cholériques » par l’intermédiaire de la mer ou
de ses produits, par ingestion ou par contact direct. Ces vibrions non cholériques, qui ne sont pas spécialement adaptés à l’homme à la différence
des vibrions cholériques, entraînent des toxi-infections alimentaires ou
des infections sporadiques, ces dernières pouvant être gravissimes.
L’isolement d’une souche appartenant à l’espèce V. cholerae ne suffit donc pas pour affirmer que l’on
est en présence d’un
cas de choléra.
Outre le fait qu’il
faut bien entendu tenir compte du contexte clinique, il faut en effet poursuivre
les investigations par la détermination du sérogroupe (O1 ou
O139), et parfois par la
recherche des gènes
de la toxine cholérique, avant d’affirmer que l’on a affaire à un vibrion
cholérique.
Il est donc regrettable que le terme « cholerae
»,
fortement évocateur
du choléra,
ait été
utilisé
pour désigner une espèce bactérienne qui n’est pas toujours responsable de cette maladie.
Le sérogroupe O est déterminé par la spécificité immunologique d’un antigène exposé à la surface des bactéries Gram négatif, le lipopolysaccharide. Plus de 200 sérogroupes
O ont été
décrits
au sein de l’espèce
V. cholerae. Parmi les souches de V. cholerae O1,
on distingue principalement 2 sérotypes : les sérotypes Ogawa et Inaba. Un troisième
sérotype
a été
décrit,
le sérotype
Hikojima, correspondant à une forme de transition entre les 2 premiers. Les
souches de V. cholerae O1 peuvent aussi être classées en biotypes en fonction de caractères
phénotypiques
et génotypiques
présentés dans le tableau I.
Les souches du biotype classique, responsables des 5e et 6e pandémies,
ont quasiment disparu, à l’exception d’un foyer dans le golfe du Bengale.
Les souches du biotype El Tor sont responsables de la
7e pandémie. On assiste depuis quelques années
à
l’émergence,
au Bangladesh, et la dissémination, de variants de V. cholerae O1
biotype El Tor, hybrides entre les souches des biotypes classique et El Tor .
Ces souches, également
identifiées
dans certains pays d’Afrique de l’Est, se révéleraient, d’après des constatations de terrain, plus virulentes,
entraînant
un taux de létalité
plus élevé.
La dissémination
de ces souches dans d’autres parties du monde a conduit certains auteurs à
proposer une révision
du schéma
de nomenclature actuel des biotypes . V.
cholerae O1 a été
le seul agent connu du choléra pendant plus d’un siècle, entre 1883 et 1992. L’apparition
d’une
nouvelle souche de vibrion cholérique appartenant à un nouveau sérogroupe – O139 – de l’espèce
V. cholerae représente
donc un événement
considérable
dans l’histoire
du choléra.
Cette nouvelle souche est identique à V. cholerae O1 par les formes cliniques de choléra
qu’elle
entraîne,
par ses caractères
biochimiques et par ses facteurs de virulence, dont le principal est la toxine
cholérique.
Cependant, l’immunité induite à la suite d’un contact avec V.
cholerae O1 ne protège
pas contre V. cholerae O139, ce qui
montre que les anticorps dirigés
contre la toxine cholérique
ne sont pas protecteurs et ce
qui apporte un argument en faveur du rôle protecteur des anticorps dirigés
contre le lipopolysaccharide. Des travaux de génétique
bactérienne ont
montré
que V. cholerae O139 résulte d’un transfert de
matériel
génétique
d’une
souche de V. cholerae non-O1, ne
produisant pas la toxine cholérique
, à
une souche de V. cholerae O1, produisant la toxine cholérique.
Ce transfert a provoqué la modification de la structure chimique du
lipopolysaccharide de la souche réceptrice, et donc la conversion
du sérogroupe O1 en sérogroupe O139, alors que cette souche gardait sa
capacité
à
produire la toxine cholérique et donc à provoquer le choléra. V.
cholerae O139 possède
de plus une capsule polysaccharidique, dont la structure de base est identique à
celle de la partie polysaccharidique spécifique du lipopolysaccharide O139.
Dans les directives de l’OMS,
V. cholerae O1 et V.
cholerae O139 sont classés
comme causes reconnues du choléra et doivent être notifiés de la même manière auprès des autorités sanitaires compétentes.
Diagnostic
La prise en charge d’une épidémie de choléra représente une urgence de santé
publique . Le diagnostic du choléra est d’abord clinique, mais le rôle
du laboratoire de bactériologie est essentiel pour l’identification
de l’agent
étiologique
de l’épidémie.
Diagnostic clinique
« Une diarrhée sévère suivie de
vomissements qui tue les adultes en quelques heures est presque toujours un choléra »,
disait Lapeyssonnie, médecin militaire exerçant en Afrique lors de l’arrivée de la septième pandémie cholérique sur ce continent, en 1970 . Il ne faut donc pas
attendre le résultat
du laboratoire pour commencer le traitement. Il est cependant frappant de constater
que, malgré l’aspect typique de la forme clinique majeure du choléra,
le diagnostic clinique n’est pas toujours évident,
même pour des cliniciens ayant une grande expérience de
cette maladie. En effet, une étude récente réalisée à Dacca,
au Bangladesh, dans un hôpital spécialisé dans le
traitement du choléra
et qui reçoit
chaque année
jusqu’à
100 000 cholériques, a montré que le diagnostic clinique (spécificité,
sensibilité)
n’était
exact que dans 79 % des cas.
Diagnostic bactériologique
Le diagnostic d’un vibrion cholérique (V.
cholerae O1 ou V. cholerae O139)
au laboratoire est toujours une question de rigueur et de rapidité
qui engage le biologiste, le clinicien, les autorités
sanitaires nationales et l’OMS.
Essentiel
L’identification du vibrion cholérique dans les prélèvements de selles diarrhéiques est essentielle pour affirmer la présence du choléra. Le rôle du laboratoire de bactériologie est donc très important soit pour le diagnostic de cas isolés – cas dits « d’importation » – soit pour le diagnostic des premiers cas d’un nouveau foyer épidémique. Il est donc indispensable de rechercher les vibrions cholériques dès que des cas cliniques suspects sont signalés dans une région
à
risque.
Simple
Le diagnostic bactériologique du choléra consiste en l’identification de la bactérie responsable dans des selles suspectes. Cette bactérie est relativement simple à identifier du fait de sa concentration habituellement élevée dans les selles de malades. Elle est de plus peu exigeante pour
sa culture, et présente à sa surface un antigène spécifique – l’antigène O1 ou l’antigène O139 – qui permet son identification par une simple réaction d’agglutination sur lame. C’est d’ailleurs la reconnaissance de cet antigène par des anticorps spécifiques qui a été mise à profit pour le développement d’un test de diagnostic rapide du choléra sur bandelette.
Rendu inutilement confus
L’identification du vibrion cholérique a été rendue confuse par l’utilisation du nom unique de « V. cholerae » pour désigner à la fois le vibrion cholérique et également des bactéries qui n’ont jamais été rendues responsables de cas de choléra.
En effet, seules les souches de l’espèce V. cholerae appartenant aux
sérogroupes O1 et O139 sont à l’origine de cas de choléra, et sont appelées vibrions cholériques.
Les souches de l’espèce V. cholerae appartenant
aux autres sérogroupes, désignées comme V. cholerae non-O1/non- O139,
peuvent provoquer des diarrhées, des abcès ou des septicémies, mais ne provoquent pas d’épidémies de choléra et ne sont pas des souches de vibrion cholérique.
Une autre source de confusion est due à l’inclusion de caractères superflus dans les schémas classiques d’identification du vibrion cholérique. En effet, s’il est intéressant de connaître le biotype (« classique » ou El Tor) et le sérotype (Ogawa ou Inaba pour les souches de V. cholerae O1) des souches,
ces informations ne sont pas nécessaires au diagnostic et ne doivent en rien retarder le rendu
des résultats.
De même, elles ne doivent pas interférer dans la prise en charge de l’épidémie. Cela est particulièrement important pour le diagnostic du vibrion cholérique dans un laboratoire disposant de moyens limités.
Une démarche diagnostique différente des démarches classiques
La nécessité de rigueur et de rapidité pour l’identification du vibrion cholérique est à l’origine d’une démarche diagnostique différente de celle qui est habituellement utilisée en bactériologie.
Généralement, dès qu’une souche suspecte est isolée, les schémas
classiques d’identification
bactérienne
donnent la priorité à la détermination de l’espèce à laquelle cettesouche appartient, par l’étude
des caractères
biochimiques.
Cette étude requiert un délai de 24 à 48 heures après l’isolement de la souche, et la détermination
du
sérogroupe et/ou du sérotype n’intervient qu’après l’identification de l’espèce.
Pour être effectué autant avec rigueur que rapidité,
le diagnostic du vibrion cholérique comporte d’abord un diagnostic présomptif de l’espèce V. cholerae. Ce diagnostic présomptif associe l’étude de quelques caractères – morphologiques, culturaux et biochimiques –
à
la recherche de l’agglutination de la souche suspecte par les sérums
anti-O1 et anti-O139. Cette démarche, associée au contexte clinique et écologique
dans lequel a été
effectué
le prélèvement,
permet d’établir
avec une quasicertitude que la souche isolée est un vibrion cholérique.






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