Des micro-organismes monstrueux



Les biologistes ont souvent différencié les procaryotes des eucaryotes par leur taille. Les cellules procaryotes sont généralement plus petites que les cellules eucaryotes. Comparés aux eucaryotes, les procaryotes se développent extrêmement rapidement et sont dépourvus des systèmes vésiculaires complexes de transport des cellules eucaryotes. On a dit qu' ils étaient plus petits à cause de la lenteur de la diffusion des nutriments et donc la nécessité d'un rapport surface/volume élevé. Aussi, lorsque Fishelson, Montgomery et Myrberg découvrirent un grand microorganisme en forme de cigare dans l'intestin du poisson chirurgien de la mer Rouge, Acanthurus nigrofuscus, ils suggérèrent dans leur publication de 1985 qu'il s’agissait d'un protiste. Il paraissait trop grand pour être quoique ce soit d’autre.
 
En 1993, Esther Angert, Kendall Clemens et Norman Pace utilisèrent les comparaisons de séquences de l'ARN-r pour identifier le micro-organisme comme un procaryote proche du genre Grampositif Clostridium ; il porte maintenant le nom de Epulopiscium fishelsoni (du latin epulum : banquet et piscium : poisson). E. fishelsoni peut atteindre la taille de 80 sur 600 µm, sa longueur normale va de 200 à 500 µm. Son volume est donc un million de fois plus grand que celui d’Escherichia coli. Malgré cette taille énorme, l'organisme a la structure d'une cellule procaryote. Il est mobile et nage à la vitesse d'environ deux longueurs par seconde (soit 2,4 cm/min) grâce aux flagelles typiquement bactériens qui couvrent sa surface. Le cytoplasme contient de larges nucléoïdes et de nombreux ribosomes, nécessaires à une cellule si grande.


Epulopiscium semble dépasser les limites de taille dictées par la diffusion grâce à une couche externe formée par une membrane plasmique très convolutée. Ceci augmente la surface cellulaire et facilite le transport des aliments. Epulopiscium se transmet d'un hôte à un autre par contamination fécale de la nourriture des poissons. La bactérie est éliminée si le poisson est mis à la diète pour quelques jours. Si des poissons jeunes indemnes de bactéries sont mis en contact avec des hôtes infectés, ils seront infectés à leur tour ; ceci ne se produit pas si les poissons sains sont des adultes. 


En 1997, Heidi Sehulz découvre un procaryote encore plus grand dans un sédiment océanique au large des côtes de Namibie. Thiomargarita namibiensis est une bactérie sphérique, d'un diamètre entre 100 et 750 µm, formant souvent des chaînes ; son volume est plus de 100 fois plus important que celui de E. fishelsoni. La cellule est occupée à 98 % par une vacuole contenant un liquide riche en nitrates ; celle-ci est entourée d'une couche de cytoplasme (de 0,5 à 2 µm) remplie de granules de soufre. L'épaisseur de la couche de cytoplasme est semblable à celle de la plupart des bactéries, elle est suffisement fine pour permettre une diffusion convenable. Le nitrate sert d'accepteur d'électrons pour l'oxydation du soufre et la production d'énergie.


La découverte de ces procaryotes a fortement affaibli l'idée de différencier procaryotes et eucaryotes d'après la taille de la cellule. Ils sont certainement plus grands qu'une cellule eucaryote normale. De plus, on a découvert que des cellules eucaryotes pouvaient avoir une taille inférieure à ce que l'on pensait possible. Le meilleure exemple est Nanochlorum eukaryotum qui, d’un diamètre de 1 à 2 µm seulement, n'en est pas moins un vrai eucaryote avec un noyau, un chloroplaste et une mitochondrie. Il faut donc réévaluer nos idées sur les facteurs limitant la taille de la cellule procaryote et on ne peut plus affirmer que les grandes cellules sont eucaryotes et les petites procaryotes.

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