Comment détecter les OGM ?



La détection des OGM dans les aliments humains est une obligation réglementaire (directive européenne) depuis septembre 1998. La réglementation retient les protéines et ADN issus des OGM comme critère de détection. Il n'existe pas actuellement de méthode normalisée de détection des OGM. Les méthodes de détection utilisent le plus souvent la réaction de polymérisation en chaîne (PCR), qui permet de détecter n'importe quel fragment d'ADN dont on connaît la séquence.




A - La réaction de polymérisation en chaîne :

1 – Principe :

La réaction de polymérisation en chaîne, ou PCR, est une méthode pour copier des milliers de fois des brins d'ADN en l'espace de quelques minutes, en utilisant les capacités naturelles d'une enzyme appelée la polymérase. La réaction de polymérisation en chaîne facilite le travail des scientifiques qui étudient un certain morceau d'ADN, qui aurait pu avoir été prélevé à partir d'un échantillon minuscule de liquide organique en grossissant sa présence. De cette manière, à partir d'un tout petit nombre de molécules, il est possible de produire un grand nombre de copies du gène cible.
Imaginée par M. Mullis en 1985 (Prix Nobel en 1993), la technique connu un essor considérable à partir de la commercialisation, vers 1988, d'une ADN polymérase résistante aux températures élevées : la Taq polymérase, qui permit une automatisation de la technique.
Puisque les séquences d'ADN sont spécifiques à une espèce ainsi qu'aux individus dans cette espèce, la réaction de polymérisation en chaîne peut être utilisée pour identifier l'espèce et l'individu exact à partir d'une d'un seul morceau d'ADN.
Avant de débuter la PCR, une région cible de l'ADN est choisie. La séquence de nucléotides de cette région ne doit pas nécessairement être connue, à l'exception de deux courtes séquences situées à chaque extrémité. Des copies complémentaires des séquences sont créées en utilisant des enzymes spéciales : les « amorces ». Elles identifient le début et la fin du processus de copie. Par exemple, si l’on veut copier un brin d'ADN qui est long de 20 nucléotides mais que l’on ne désire que la séquence entre les numéros 3 et 7 ; les séquences des nucléotides jusqu'au 3 et après le 7 sont identifiées et ensuite deux segments complémentaires de ces séquences, les amorces, sont formés avant que la réaction de polymérisation en chaîne ne commence.


2 - Les trois étapes de la PCR :

Pour accomplir cette réaction, quatre choses sont donc nécessaires : le fragment d'ADN à copier, deux fragments amorces (fragments d’ADN spécifiques du gène recherché), l'enzyme de la polymérase et une machine spéciale qui contrôle parfaitement la température.


      La dénaturation :

Tout d'abord l'ADN choisi, initialement sous forme de double hélice, est séparé en un seul brin d'ADN. Cette étape est nécessaire parce qu'un morceau d'ADN ne peut pas être copié lorsqu'il est sous forme de double hélice. Le procédé de séparation s'appelle la «dénaturation». Celle-ci se produit lorsque l'ADN est chauffé à 90-96°C. 


      Les amorces :

La prochaine étape est d'ajouter des amorces et de baisser la température pour faciliter leur collage. Puisque les amorces sont complémentaires aux zones du début et de la fin de la partie choisie de la séquence d'ADN, elles se colleront sur ces dernières et agiront comme des éléments constitutifs de l’ADN pour que le processus de copiage commence et s'arrête. 


     L’élongation :

Ensuite, la polymérase (enzyme de copiage) est ajoutée et la température est légèrement augmentée pour qu'elle soit idéale au bon fonctionnement de l’enzyme. Elle identifie alors les amorces et commence à copier.
Le cycle entier est répété à plusieurs reprises jusqu'à l’obtention de millions de brins d'ADN. La copie d’un cycle prend environ une à trois minutes. Étant donné qu'à chaque cycle, le nombre de molécules est doublé, le nombre de molécules d'ADN après n cycles est de 2n. L'ordre de grandeur à retenir est celui du million de copies en quelques heures.




3 - Les deux types d’analyse que permet la PCR :

La PCR est une technique permettant de détecter la présence d’OGM mais aussi l’identification d’un gène transgénique.


La détection :

Pour déceler la présence d’ADN génétiquement modifié, on a recours à des amorces non spécifiques mais présentes dans la plupart des constructions génétiques. En effet, certains OGM sont construits selon les mêmes modèles. Cela signifie que l’on retrouve des régions communes à plusieurs OGM (promoteurs, gènes de résistance, gènes de visualisation, etc.). Il s’agit simplement de détecter l’un de ces motifs pour pouvoir affirmer la présence d’OGM. Cependant on ne sait pas quel type d’OGM est alors impliqué.

Par contre, s’il n’y a pas de détection, il est impossible de conclure à l’absence de ce type d’ADN. En effet, l’OGM peut avoir été construit avec un autre promoteur et un autre terminateur que ceux que l’on a cherché à détecter. De plus certains végétaux, appelés « faux positifs », ont la particularité d’être toujours reconnus positifs par le test.


L’identification :

La deuxième stratégie permettant d’identifier un ADN d’origine OGM nécessite cette fois-ci des amorces spécifiques à chacune des constitutions génétiques possibles et connues. L’inconvénient de cette technique est qu’elle implique de savoir exactement ce que l’on recherche, il faut alors utiliser des banques de gènes et des logiciels spécifiques pour déterminer les amorces à utiliser.



Le principal défaut de ces deux techniques est également leur avantage. Elles sont capables de détecter des OGM pour des niveaux de un millième à dix millionièmes. Or ce seuil de sensibilité très faible rend difficile la quantification précise du taux en OGM d'un aliment. Si un test quantitatif est nécessaire, la technique de PCR peut également être utilisée, mais dans des conditions particulières qui demandent une mise au point spécifique. La PCR est donc une technique essentiellement qualitative. D’autre part, l’introduction des amorces implique que l’on ne peut détecter que des gènes que l’on connaît déjà.
Nous n’allons pas traiter le cas de la méthode PCR quantitative car il existe une autre technique, bien plus simple, de quantification du taux en OGM.



B - La détection au niveau des protéines :

1 – Principe :

Il est possible de détecter la présence de protéines résultant de l’introduction d’ADN étranger. Les méthodes reposant sur la détection des protéines conviennent surtout aux produits bruts ou peu transformés comme les grains de maïs ou de soja, car les procédés industriels (chauffage, traitements chimiques…) altèrent les protéines et les rendent indétectables. De plus la localisation de la protéine ne doit pas rendre l’opération trop difficile. Cette technique présente l'avantage de permettre facilement la quantification des OGM.
Il s’agit de tests immunologiques de type ELISA (Enzyme Linked ImmunoSorban Assay) par exemple. Ils permettent de détecter une protéine codée par un gène introduit dans une plante. 

Les principaux avantages de ces tests sont que ceux-ci sont rapides (effectués en moins de deux heures) et peu coûteux (environ 1,50€).


Pour des plantes de la même espèce, on distingue bien la présence d’un gène commun (situé en haut) et surtout le gène transgénique introduit dans la plante de droite.



2 – Expérience :

On peut réaliser la même expérience avec une plante transgénique et une plante naturelle. Après avoir extrait les protéines de la plante, on les met en présence d’un anticorps spécifique de la protéine codée par un gène transgénique. Cela signifie que cet anticorps ne peut se fixer qu’à la protéine codée par le gène transgénique. Deux cas peuvent alors se présenter.
- Une protéine se fixe à l’anticorps. Elle correspond donc à la protéine que l’on recherche. Un gène a donc été introduit artificiellement dans la plante et a codé cette protéine.
- Aucune des protéines ne se fixe à l’anticorps. Le type de protéine que l’on recherche, spécifique à l’anticorps introduit, ne se trouve donc pas dans la plante.
Pour visualiser les résultats de l’expérience, on effectue par la suite un lavage, c’est-à-dire que l’on enlève toutes les protéines qui ne se sont pas fixées à l’anticorps. On ajoute ensuite un autre anticorps, qui est lui aussi spécifique de la protéine recherchée et fluorescent. Ceci nous permet de le repérer facilement.


On procède ensuite à un nouveau lavage. Si une protéine est fixée sur l’anticorps, le deuxième anticorps fluorescent peut alors se fixer sur l’autre côté de la protéine. Le test est ainsi positif (1er cas). Si au contraire aucune protéine ne correspond au premier anticorps, l’anticorps fluorescent ne se fixe pas. Le test est négatif (2ème cas).




Cette dernière technique présente l'avantage de permettre facilement la quantification des OGM. Cependant, elle convient surtout aux produits bruts ou peu transformés. Pour cette raison, les méthodes basées sur la détection de l’ADN (par PCR) sont actuellement privilégiées en Europe.



C - La puce à ADN, une clé pour l’avenir :

Aujourd’hui une nouvelle perspective se développe : la puce à ADN. Celle-ci est le résultat du développement simultané de la microélectronique, l’informatique, la chimie et la biochimie moléculaire. Ces puces sont d’ailleurs déjà utilisées dans le domaine médical.

Des séquences d’ADN greffées sur une puce constituent des sondes constituent des sondes dont le rôle est de détecter les cibles, c’est-à-dire les séquences qui leur sont complémentaires.

Ces puces à ADN représentent un grand progrès en matière de détection des OGM. En effet, elles permettent un important gain de temps et sont moins coûteuses que les autres méthodes.