Quels sont les enjeux de la technologie
transgénique? Pourquoi est-elle aussi controversée? Pourquoi suscite-t-elle
autant débats? Comment démêler le vrai du faux? Nous avons tenté de faire un
tour d’horizon rapide pour donner une vision globale de la problématique et
ainsi arriver à se faire une opinion éclairée.
B - Les avantages des OGM
1- Les OGM et la santé :
Quels sont les
avantages des produits génétiquement modifiés pour la santé des consommateurs ?
Des fruits,
légumes et féculents améliorés sur le plan gustatif :
Les
biotechnologies contribuent à l'amélioration des qualités gustatives des
aliments. L'objectif est de fournir à des consommateurs éloignés des lieux de production
des produits aux arômes développés.
Des tomates, des melons, des bananes
à maturation retardée plus
savoureuses par transgenèse, on introduit un gène permettant de différer le ramollissement qui
accompagne le mûrissement.
Ainsi, ils se conservent mieux,
sont plus savoureux et contiennent plus de vitamines car ils peuvent être
récoltées à un stade de maturation avancée.
Des aliments plus diététiques et
respectueux de notre santé :
Les biotechnologies sont également
fortement porteuses d'espoirs dans le domaine de l'amélioration de la qualité
nutritionnelle des aliments.
- Des
plantes produisant des sucres et aliments « zéro calorie » :
De nombreux consommateurs
recherchent ces sucres afin de réduire leur ration journalière de calories apportées
par l'alimentation. Ainsi, par transfert de gène, on fait produire à des
betteraves un type de sucre comestible mais n’apportant aucune calorie. On peut
aussi améliorer la qualité gustative de fruits ou de légumes par l'introduction
d'un gène produisant une protéine naturelle sucrée (la brazzéine) sans apporter
la moindre calorie.
- Des
plantes enrichies au bêta carotène :
Aujourd'hui, un milliard de
personnes souffrent de carence en vitamine A (notamment en Afrique, en Asie).
Or, la vitamine A, fournie par le bêta carotène, est un élément nutritif
essentiel pour la vue et la croissance. Par ailleurs, cet antioxydant naturel
constituerait également un élément de prévention du cancer et des maladies
cardiaques. Les gènes du bêta carotène peuvent être introduits dans les
tomates, le riz et le colza, augmentant ainsi leur qualité nutritionnelle.
- Des
plantes enrichies en fer :
Selon l'Unicef, la carence en fer
concernerait presque 3,7 milliards de personnes aujourd’hui dans le monde, dont
la majorité sont les femmes et les enfants de moins de cinq ans dans les pays
en voie de développement.
Ici aussi, les OGM pourrait
apporter un progrès. En effet, des travaux ont permis de doubler le contenu en
fer du riz en y introduisant le gène de la ferritine.
- Des
huiles riches en acides gras spécifiques :
Des recherches sont en cours sur la
réduction de la teneur en acide gras mono-insaturés (graisses animales)
contenues dans les huiles afin de limiter les risques cardio-vasculaires. Il
s'agit d'introduire des gènes de désaturases dans les plantes oléagineuses
comme le colza et le soja pour augmenter les proportions d'acides gras saturés.
Ces acides gras sont les « bonnes graisses » indispensables à notre organisme.
-
La réduction des toxiques dans certains aliments :
Enfin, de nombreuses études ont
montré qu’il est possible de réduire, voire éliminer, les protéines
allergisantes des céréales comme le riz et le soja. En Asie, nombreux sont les
consommateurs qui souffrent d'allergie au riz. Or le riz constitue l'aliment de
base de plus de deux milliards de personnes.
Des plantes
produisant des médicaments, les « alicaments » :
Dans le domaine de la médecine, la
modification génétique présente des avantages divers et variés et pour le moins
intéressants.
La solution des plantes
transgéniques pour produire des médicaments est considérée comme une voie
d'avenir sûre, en termes de risques de contamination. En effet, il n'y a pas de
maladies transmissibles entre l'homme et la plante, ce qui n'est pas le cas
entre l'homme et l'animal. Ainsi,
l'équivalent de la lipase gastrique du chien, utilisée dans la lutte contre la
mucoviscidose,
a été produit expérimentalement par des colzas et des maïs
transgéniques.
-
Des vaccins sans piqûres :
Désormais, le génie génétique permet,
par la modification du patrimoine génétique de plantes, de leur faire
synthétiser des substances vaccinantes. Il s'agira alors simplement de manger
un aliment pour être vacciné contre une maladie précise.
Cela présente un intérêt, notamment
pour les pays du tiers monde. En effet, les chercheurs prévoient déjà
d'utiliser des bananiers génétiquement modifiés pour produire ces vaccins,
d'une part pour leur fécondité importante, et d'autre part parce que la banane
peut être transportée et stockée sans grandes difficultés, contrairement aux
vaccins actuels.
- Des animaux
transgéniques produisent des médicaments :
Un an après sa naissance, une truie
expérimentale, Génie, a été la première truie du monde à produire dans son
lait, de grandes quantités de protéines C humaine.
De nombreux malades en ont besoin,
comme les personnes hémophiles, qui manquent de protéines C pour assurer la
coagulation du sang. On administre parfois la protéine C aux opérés à qui l'on
remplace une articulation. Or, ces protéines sont en si faibles concentrations
dans le sang des donneurs qu'elles sont difficiles à obtenir et limitent
notablement leur utilisation thérapeutique. La mise au point d'animaux
transgéniques coûte moins cher et permet de fabriquer de grandes quantités de protéines
C humaines. De plus, comme nous l’avons signalé, il n'y a aucun risque
d'infection.
-
Des greffes d'organes d'animaux à l'homme :
Comme tout le monde le sait, les
greffes d'organes sont rares, faute de donneurs, et risquées du fait de la
possibilité importante de rejet. Si on ajoute à cela les problèmes
d'incompatibilités entre le donneur et le receveur, on comprend la difficulté à
trouver des organes pour ces interventions. Là encore, le génie génétique peut
apporter des solutions. En effet, en modifiant le génotype d'animaux par
transfert de gènes humains, on peut supprimer le phénomène de rejet lors de la
greffe d'un organe animal à un homme.
Des résultats prometteurs ont déjà
été obtenus sur des porcs transgéniques mais des raisons compréhensibles
d'ordre sanitaire (transmission de virus) et éthique empêchent pour l'instant
les essais cliniques chez l'homme.
-
La production de molécules :
Depuis les années 1970, les
scientifiques savent modifier des micro-organismes en vue de la synthèse de molécules.
Grâce à des micro-organismes conçus sur mesure, il est possible de produire de
l'insuline ou des hormones de croissance, jusque-là extraites de pancréas de
porc ou d'hypophyse humaine (chez des cadavres).
D’autre part, des études sont en
cours sur des plants de tabac qui pourraient synthétiser de la lipase, une
enzyme permettant de combattre la mucoviscidose.
Ainsi, le recours aux médicaments
biologiques présente deux avantages :
Premièrement, sur le plan
économique, la fabrication de médicaments par les « usines biologiques » coûte
moins cher que les méthodes « traditionnelles ».
Ensuite, sur le plan médical, le traitement par des
médicaments provenant de plantes génétiquement modifiées supprime les risques
de transmission d'agents pathogènes des tissus humains ou animaux. En effet,
les virus des plantes ne sont pas transmissibles à l'homme ou tout du moins
n'ont aucun effet sur son organisme.
2 - Les OGM et l’environnement :
Une pollution et une exploitation
des sols moins importante :
Quelques plantes génétiquement
modifiées, les PGM, sont capables de synthétiser elles-mêmes un insecticide. Il
n'y aurait alors plus besoin de pulvériser les champs, et donc le sol, avec des
insecticides. Ceci permettrait une baisse de la pollution dans les régions
agricoles.
Pour revenir à
l’exemple du maïs résistant à la
Pyrale, il faut savoir que les PGM sont plus efficaces dans
la lutte contre les insectes ravageurs que les insecticides chimiques car celui
synthétisé par la plante est présent en permanence. Ainsi, les insectes cibles
sont touchés à la moindre ingestion, alors qu'avec un insecticide classique,
l'efficacité diminue avec le temps après la pulvérisation, et toutes les
parties de la plante ne sont pas touchées.
D’autres PGM peuvent également être
résistantes à des herbicides totaux. Il suffit alors de le pulvériser dans le
champ : toutes les plantes présentes meurent, sauf la plante transgénique un seul herbicide est donc nécessaire.
Ainsi,
aux Etats-Unis, ces PGM ont permis de diviser par cinq l'utilisation
d'insecticides sur huit cent milles hectares de plantation de coton
transgénique (photo) résistant à différents insectes. D'autre part, une
nouvelle variété de coton génétiquement modifiée a été créée : les gènes
introduits produisent une coloration de la plante. Cela permet une réduction de
l'utilisation de teinture chimique, très polluante pour l'environnement.
3 - Les OGM et l'agriculture :
La protection des cultures :
La transformation génétique des plantes
vise à améliorer les conditions de culture en développant des mécanismes de
tolérance ou de résistance ayant pour effet d'augmenter les rendements.
- La résistance aux conditions climatiques extrêmes :
Une grande partie de la surface de
la planète est impropre à l'agriculture du fait de conditions défavorables
comme le froid, la sécheresse, ou la salinité. Les biotechnologies pourront
apporter une réponse aux pays en voie de développement en créant de nouvelles
espèces adaptées à ces conditions.
Par exemple, on a prélevé des gènes du flet (un poisson de l'Arctique capable de survivre à des températures très basses) pour les insérer dans la fraise en espérant lui donner une certaine résistance au gel. Ainsi nous pourrons cultiver des fraises dans des régions où il était impossible de le faire auparavant.
- La
résistance aux insectes :
Les pertes occasionnées par les
insectes représentent une part non négligeable des récoltes. En effet, les
insecticides employés jusqu'à maintenant présentent des inconvénients : des
atteintes à l'environnement et l’apparition de formes résistantes d'insectes.
Or, ceci entraîne donc l'emploi de doses croissantes de ces produits. La
synthèse de protéines toxiques pour ces insectes, par modification génétique de
la plante, constitue donc une voie majeure de progrès. La Pyrale est détruite par un insecticide fabriqué par le maïs
transgénique dit « Bt » : le maïs reçoit un gène de scorpion pour résister aux
insectes, ou de pétunia pour résister aux herbicides.
-
La résistance aux maladies :
Sur le même principe, les biotechnologies
s'orientent vers la lutte contre les virus, bactéries, et autres champignons.
Des résultats ont déjà été obtenus sur des plantes comme la pomme de terre, la
tomate ou la betterave : la pomme de terre est dotée d'un gène de poulet pour
résister aux maladies, ainsi que d'un gène humain pour digérer les métaux
lourds.
L’amélioration des conditions d'élevage :
-
La lutte contre les maladies animales :
La modification par génie génétique
des aliments destinés à l'élevage peut être un moyen de lutter contre les
maladies animales. Cette alimentation pourrait produire directement des anticorps
ou des vaccins.
- L'amélioration
de la nutrition animale :
L'utilisation du génie génétique
pourrait permettre d'améliorer la qualité nutritionnelle des plantes utilisées
en alimentation animale, en augmentant la teneur en certains acides aminés
(méthionine, lysine, thréonine, tryptophane). Ces éléments, synthétisés en trop
faible quantité par ces plantes, sont actuellement amenés sous forme de
compléments nutritifs. De plus, l'accumulation de certaines enzymes pourrait
permettre d'améliorer la digestibilité des aliments.
Application
aux industries agro-alimentaires :
-
L'amélioration de la qualité des aliments :
* Le blé : amélioration des
caractéristiques requises pour la panification.
* La pomme de
terre : augmentation de la teneur en amidon pour des utilisations industrielles
(purée, fécule et frites absorbant moins d'huile).
-
Intervention dans le processus de transformation alimentaire :
Les OGM peuvent intervenir
directement ou indirectement dans le processus de transformation alimentaire.
Deux cas se présentent :
- soit les
organismes modifiés se retrouvent dans le produit fini, c'est le cas des
produits laitiers où les bactéries améliorant la régularité de la production
restent présentes dans l'aliment,
- soit ils sont éliminés par la chaleur ou par
filtration. On peut citer les levures qui réduisent le temps de fermentation de
la pâte à pain ou éliminent les saveurs indésirables en produisant des bières
plus légères. L'application du génie génétique dans ces domaines en est pour
l'instant à la recherche expérimentale.
Ainsi les OGM présentent de
nombreux avantages, tant dans le domaine de l’environnement que celui de
l’agriculture, ou encore en matière de santé. Ceci nous incite donc à penser
que le génie génétique représente un grand progrès pour la science.
Conclusion:
La
technique de transgénèse est encore toute jeune et de nombreuses questions
restent en suspens. On constate qu’elle présente de nombreux avantages mais
également des risques non négligeables. Utilisés de façon appropriée, les OGM
pourraient apporter de nombreux moyens
pour contribuer à l’amélioration des conditions de vie. Cependant, la rapidité
avec laquelle peuvent survenir les modifications entraînées par le génie
génétique peut avoir des effets encore inconnus.
Le
développement technologique intéresse directement la population. Dans la
plupart des cas, les interrogations relatives aux OGM sont en lien avec
l’environnement. Quant au processus d’obtention de ces derniers, c’est la
transformation du vivant qui fait l’objet de préoccupations et soulève des questions
de nature éthique sur l’impact que l’avènement de cette nouvelle technologie
peut avoir sur la société et sur les individus qui la composent.
Il
y aurait moins de controverses et le débat serait plus constructif si les
applications des OGM étaient évaluées de façon exhaustive et transparente, et
si leurs répercussions éventuelles étaient prises en considération. Le génie
génétique, comme toutes les innovations scientifiques peut aboutir au pire
comme au meilleur. Mais les inquiétudes
qui empêchent la réflexion et l’étude, à moyen et long terme, des conséquences
des modifications du vivant sont mauvaises conseillères. « Toute
découverte de la science pure est subversive en puissance », disait
Huxley. Et il ajouta « Toute science doit parfois être traitée comme un
ennemi possible ». Quelles limites doivent alors être imposées aux
recherches scientifiques ? Et par qui ?