Quels sont les enjeux de la technologie
transgénique? Pourquoi est-elle aussi controversée? Pourquoi suscite-t-elle
autant débats? Comment démêler le vrai du faux? Nous avons tenté de faire un
tour d’horizon rapide pour donner une vision globale de la problématique et
ainsi arriver à se faire une opinion éclairée.
A
- Les risques :
A l’heure actuelle, alors que la Commission Européenne
a levé un moratoire de cinq ans sur les autorisations de nouveaux OGM, le
consommateur européen reste majoritairement opposé à leur introduction.
En effet, les OGM peuvent induire différentes maladies
qui peuvent toucher aussi bien les animaux que l’environnement dans lequel il
évolue.
1- Les
OGM et la santé
Les allergies :
Tout OGM est potentiellement
allergisant car il n'est pas reconnu par l'organisme qui le reçoit, que ce soit
par voie digestive ou par voie aérienne. Les expériences ont montré le pouvoir
allergisant du « soja à la noix » : la noix de Brésil est un aliment
reconnu pour provoquer des allergies chez certains individus. Par conséquent,
on a dû soumettre le soja OGM qui a été créé à partir d’un des gènes de la noix
à une multitude de tests pour vérifier si la protéine produite par ce gène
avait conservé son pouvoir allergène. Pour le savoir, les chercheurs ont mis en
contact la dite protéine avec du sérum de patients connus pour être
allergiques. On observa une réaction immunitaire immédiate. Pour cette raison,
ce nouveau soja n’a pas été commercialisé, même s’il avait été développé pour
l’alimentation animale mais qu'en sera-t-il pour les fraises, tomates, et
autres bananes transgéniques ?
Les intoxications :
Aucune
preuve expérimentale n'a permis d'éliminer les risques potentiels des molécules
insecticides fabriquées par les plantes transgéniques. Ces substances peuvent
être toxiques pour le foie, les reins, le cerveau. De même les aliments
fabriqués à partir des végétaux qui tolèrent les herbicides peuvent devenir
toxiques en raison de leur forte teneur en poisons. Ces derniers peuvent aussi
se retrouver dans toute la chaîne alimentaire (lait, viande) jusqu’à des doses
maximales autorisées.
Les maladies
auto-immunes :
Certaines
maladies auto-immunes sont secondaires à l'apparition de complexes immuns
circulants formés de substances étrangères fixant des anticorps spécifiques
développés contre ces substances extérieures. Les
nouveaux aliments OGM, leurs virus, ne peuvent-ils pas passer la barrière
digestive et ne peuvent-ils pas créer des phénomènes identiques ? S'il
n'en est pas ainsi pour les aliments habituels que l’Homme a connus peu à peu
dans son évolution millénaire, c'est parce que nous avons appris à créer des
enzymes adaptées à les disséquer dans notre tube digestif avec l'aide du
pancréas notamment. Ces enzymes ont été acquises peu à peu, au cours de
l'évolution, et notre corps sait les fabriquer, au jour le jour, en fonction
des aliments ingérés. Encore faut-il que l'organisme ait eu un jour
connaissance de ces aliments. Il est donc fort probable que le corps mette un
certain temps avant d'apprendre à dégrader les brins d'ADN manipulés. Ce qui
renforce conséquemment les risques de pénétration digestive, d'allergies et de
maladies auto-immunes.
Les
résistances aux antibiotiques :
Comme nous l’avons vu
précédemment, les chercheurs intègrent souvent un gène de résistance à un
antibiotique en même temps que le transgène à la cellule qu’ils veulent
modifier.
Le développement de la
résistance aux antibiotiques doit être envisagé
comme une fatalité. En effet, si la recrudescence de micro-organismes
pathogènes due au développement de résistances aux antibiotiques est réelle,
nous pouvons espérer une parade grâce aux progrès incessants de la biologie
moléculaire, qui ne se contentera bientôt plus de produire en masse des substances
antibiotiques naturelles, mais qui sera capable d'inventer de nouvelles
molécules entièrement synthétiques. A l'exemple de la bataille à laquelle se
sont livrées les espèces au cours de l'évolution, nous ne pouvons pas rester
sur des acquis mais devons toujours développer de nouvelles stratégies pour
contrer celles de l'adversaire.
2
- Les OGM et l'environnement :
Les mutations génétiques :
Les
plantes génétiquement modifiées pour s'auto protéger contre un insecte, par
exemple, pourraient susciter l'apparition d'insectes résistants à ces plantes
transgéniques, à la suite d'une mutation génétique « naturelle » chez ces
derniers.
Il existe des indices de
probabilité de réalisation de ce risque, qui ne découlent pourtant pas des
plantes génétiquement modifiées, mais bien des méthodes utilisées classiquement
en agriculture. En effet, une toxine produite par la bactérie Bacillus
thuringiensis, est utilisée dans différents pays, dont la France, notamment en
agriculture biologique, sous forme de bio-pesticide (mélange de bactéries
pulvériséés). Il y a donc de nombreuses toxines dans cette pulvérisation. On en
connaît actuellement plus de 250.
Le bacille Thuringiensis est une bactérie à tiges
génératrices de spores. Pendant la production de spores, des corps cristallins
sont formés. Le bacille a une structure en cristal comme le triangle à gauche
sur cette image. Les cristaux se dissolvent dans l'intestin de l'insecte
affecté et paralysent les cellules épithéliales. L'insecte cesse alors de
manger et meurt par la suite pendant que le bacille développe des spores et se
reproduit dans le sang de celui-ci. Ce bacille affecte plus de 150 insectes.
Or, dans certains
pays (Malaisie, Japon, Hawaï), son application répétée, sous forme de
pesticide, a entraîné la sélection de populations d’insectes ravageurs capables
de résister à l'action de ce produit.
Les
effets non désirés :
Les Plantes Génétiquement
Modifiées (PGM) en vue de leur donner une résistance naturelle à un insecte
peuvent affecter des insectes non visés par la modification de la plante. C'est
le cas par exemple pour les abeilles et le monarque qui, bien que non
indésirables, sont éliminés par certaines plantes génétiquement modifiées.
En effet, il a été
mené en 1999 une expérience sur le monarque, papillon d'Amérique du Nord réputé
pour sa beauté. Des chenilles de ce papillon ont été nourries avec des feuilles
artificiellement recouvertes de pollen d'une variété de maïs génétiquement
modifié par l'introduction d'un gène commandant la production d'un insecticide
contre la Pyrale. Ces
chenilles ont connu une croissance plus lente et une mortalité plus élevée que
d'autres nourries de feuilles recouvertes de pollen de maïs classique.
L'expérience a donc démontré le « danger » encouru par le papillon.
-
Aspect du maïs transgénique et non transgénique, infesté par la larve de
Pyrale :
- L'éventuel impact sur les
insectes « non cibles » :
Des insectes utiles comme les abeilles,
risquent d'être affectés par le développement des plantes transgéniques. On
parle alors d'effet sur les insectes « non cibles », c'est-à-dire sur
ceux qui ne sont pas visés par la modification génétique, mais sur qui la
plante transgénique pourrait néanmoins influer le changement de métabolisme de
la plante. Des études portant sur des colzas résistants à un herbicide sont
menées à l'Institut Nationale de la Recherche Agronomique
(INRA) depuis 1990 et n'ont pas permis de mettre en évidence, pour l'instant,
des effets sur la mortalité des abeilles, ni sur leur comportement de butinage.
Toutefois, même s'il n'est pas encore apparu clairement, surtout en comparaison
avec les effets actuels des insecticides, ce risque ne peut être écarté.
Il est donc
nécessaire de procéder à l'analyse des sécrétions des plantes transgéniques
mellifères (par exemple le colza), ainsi qu’à l'évaluation de l'incidence d'une
exposition à des plantes transgéniques.
On pourrait se dire que, devant autant de
problèmes réels ou potentiels, il serait plus raisonnable de bannir les OGM. Ce
serait pourtant faire l'impasse sur de nombreux avantages.
