La paroi de la cellule procaryote (Partie 2)



Les parois des bactéries Gram-négatives

Les parois des bactéries Gram-négatives sont beaucoup plus compliquées que celles des bactéries Gram-positives. La couche fine de peptidoglycane adjacente à la membrane plasmique ne constitue que 5 à 10% du poids de la paroi. Chez E. coli, elle a environ 1 nm d'épaisseur et ne contient qu'une ou deux couches de peptidoglycane. La membrane externe se trouve à l'extérieur du peptidoglycane. La protéine la plus abondante est la lipoprotéine de Braun, 

une petite lipoprotéine attachée par liaison covalente au peptidoglycane sous-jacent et enfouie dans la membrane externe par son extrémité hydrophobe. La membrane externe et le peptidoglycane sont tellement bien liés l'un à l'autre par la lipoprotéine qu'ils peuvent être isolés comme un tout. Le site d'adhésion est une autre structure qui renforce la paroi Gram négative et maintient la membrane externe en place. La membrane externe et la membrane plasmique ont de nombreux sites de contact direct dans la paroi Gram-négative. Chez E. coli, on voit dans les cellules plasmolysées, des surfaces de contact de 20 à 100 nm entre les deux membranes. Ces sites d'adhésion peuvent être des régions de contact direct ou de véritable fusion de membrane.
On a émis l'idée que les substances pénètreraient dans la cellule par ces sites d'adhésion plutôt que de circuler dans le périplasme.
Les éléments les plus particuliers de la membrane externe sont les lipopolysaccharides (LPS). Ces grandes molécules complexes contiennent à la fois des lipides et des glucides ; elles sont
formées de trois parties : 1) le lipide A, 2) le polysaccharide central, et 3) la chaîne latérale O.

La région du lipide A contient deux dérivés de glucosamine, chacun avec trois acides gras et des phosphates ou des pyrophosphates attachés. Le lipide A est enfoui dans la membrane externe tandis que le reste de la molécule de LPS est projeté vers l'extérieur. Le polysaccharide central est lié au lipide A. Chez Salmonella, il est constitué de 10 sucres, dont plusieurs ont une structure inhabituelle. La chaîne latérale O ou antigène O est une chaîne polysaccharidique courte s'étendant au-delà du polysaccharide central. La chaîne latérale O est constituée de quelques sucres particuliers et sa composition varie selon les souches bactériennes. Bien que les chaînes latérales O soient facilement reconnues par les anticorps de l'hôte, les bactéries Gram-négatives peuvent contrecarrer les défenses de l'hôte en changeant rapidement la nature de leurs chaînes latérales O pour échapper à la détection. L'interaction de l'anticorps avec le LPS avant que la membrane externe ne soit atteinte peut protéger la paroi d'une attaque directe.









Le LPS est important pour plusieurs raisons autres que celle d'éviter les défenses de l'hôte. Puisque le polysaccharide central contient habituellement des sucres chargés et des phosphates, le LPS contribue à la charge négative de la surface bactérienne. Le lipide A est un constituant majeur de la membrane externe et le LPS aide à la stabilisation de la structure membranaire.
 De plus, le lipide A est souvent toxique ; le LPS peut donc agir comme une endotoxine et provoquer certains des symptômes qui apparaissent lors d'infections à bactéries Gram-négatives.
Une des fonctions les plus importantes de la membrane externe est de servir de barrière de protection. Elle empêche ou diminue l'entrée des sels biliaires, des antibiotiques et autres substances toxiques qui pourraient tuer ou endommager la bactérie. Pourtant, la membrane externe est plus perméable que la membrane plasmique et permet le passage de petites molécules comme le glucose et d'autres monosaccharides. Ceci est dû à la présence de protéines spéciales, les porines. Trois molécules de porines s'assemblent et traversent la membrane externe en formant des canaux étroits au travers desquels des molécules plus petites que 600 à 700 daltons peuvent passer. Des molécules plus grosses telles que la vitamine B 12 doivent être transportées au travers de la membrane externe par des transporteurs spécifiques. La membrane externe empêche aussi la perte de constituants comme les enzymes péri plasmiques.



Le mécanisme de la coloration de Gram

Bien que plusieurs explications aient été données aux résultats de la réaction de coloration de Gram, il semble que la différence entre les bactéries Gram-positives et Gram-négatives soit due à la nature de leur paroi cellulaire. Si on enlève la paroi cellulaire des bactéries Gram-positives, elles deviennent Gram-négatives. Le peptidoglycane lui-même n'est pas coloré ; il paraît plutôt agir avec les acides lipoteichoïques comme une barrière de perméabilité empêchant la perte du cristal violet. Au cours de la coloration, les bactéries sont d'abord colorées avec le cristal violet, puis traitées avec de l'iode qui fixe le colorant. Les bactéries Gram-positives sont ensuite traitées à l'éthanol qui réduit la dimension des pores du peptidoglycane. Le complexe colorant- iode est donc maintenu durant la décoloration et la bactérie reste pourpre. Au contraire, le peptidoglycane des bactéries Gram-négatives est très mince et peu ponté, de plus il contient de larges pores. Le traitement à l'alcool extrait aussi assez de lipides de la paroi des cellules Gram-négatives pour en augmenter encore la porosité. C'est pour ces raisons que l'alcool élimine plus facilement le cristal violet combiné à l'iode des bactéries Gram-négatives.



La paroi cellulaire et la protection osmotique

La paroi cellulaire est nécessaire pour protéger la bactérie contre la destruction par la pression osmotique. En général, le cytoplasme bactérien est beaucoup plus concentré que l'environnement microbien qui est hypotonique. Durant l'osmose, l'eau traverse sélectivement des membranes perméables comme la membrane plasmique et va des solutions diluées (haute concentration en eau) vers des solutions plus concentrées (faible concentration en eau). Donc, normalement l'eau tend à entrer dans les cellules bactériennes et la pression osmotique peut atteindre 20 atmosphères. La membrane plasmique ne peut pas supporter de telles pressions et la cellule va gonfler, être physiquement désorganisée puis détruite, un processus appelé lyse, en l'absence de la paroi qui la protège par sa résistance au gonflement. Un milieu hypertonique est plus concentré que le milieu intracellulaire. Dans un tel milieu, l'eau passe à l'extérieur, le cytoplasme rétrécit et se détache de la paroi cellulaire.
Ce phénomène s'appelle la plasmolyse. Il est utile à la préservation de la nourriture : beaucoup de bactéries ne se multiplient pas dans de la nourriture séchée ou dans les confitures parce qu'elles ne peuvent pas éviter la plasmolyse.
L'importance de la paroi cellulaire pour protéger des bactéries contre la lyse osmotique se démontre par un traitement avec du lysozyme ou de la pénicilline. Le lysozyme est une enzyme qui attaque le peptidoglycane en hydrolysant la liaison qui unit l'acide N-acétylmuramique au carbone quatre de la N-acétylglucosamine. La pénicilline inhibe la synthèse du peptidoglycane. Si les bactéries sont incubées en présence de pénicilline dans une solution isotonique, les bactéries Gram-positives sont transformées en protoplastes qui continuent à se développer normalement aussi longtemps que l'isotonicité est maintenue, même si elles ont perdu complètement leur paroi. Les cellules Gram-négatives gardent leur membrane externe après traitement à la pénicilline et sont appelées sphéroplastes parce qu'une partie de leur paroi cellulaire est toujours présente. Les protoplastes et les sphéroplastes sont sensibles à la pression osmotique. Mis dans une solution diluée, ils vont se lyser à cause d'une entrée d'eau incontrôlée.





Même si pour la plupart, les bactéries ont besoin d'une paroi cellulaire intacte pour survivre, certaines n'en ont pas du tout. Par exemple, les mycoplasmes sont dépourvus de paroi et pourtant ils peuvent se développer dans des milieux dilués ou dans un environnement terrestre car leur membrane plasmique est plus résistante que la normale. La raison précise de cette résistance n'est pas connue, bien que la présence de stérols dans la membrane de plusieurs espèces pourrait être responsable d'une résistance accrue.
Sans paroi cellulaire rigide, les mycoplasmes ont tendance à être pléomorphes, c'est-à-dire qu'ils peuvent changer de forme.


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