Un
Organisme Génétiquement Modifié (OGM) est un organisme (une plante, un animal,
une bactérie, un virus) dans lequel on a introduit artificiellement un ou
plusieurs gènes, soit inconnus de l'espèce à laquelle appartient cet organisme,
soit appartenant à l'espèce mais ayant subi plusieurs manipulations génétiques.
L'introduction de ces gènes conduit à la production de protéines qui confèrent
de nouveaux caractères à l'organisme génétiquement modifié.
L’intérêt
des OGM réside dans les propriétés que nous pouvons leur apporter et qui visent
à améliorer par exemple la culture d’une plante, ou ses qualités nutritives.
Les gènes les plus souvent retrouvés chez les OGM sont généralement de
résistance à un antibiotique, à un désherbant ou à une toxine.
L’histoire des OGM a commencé il y a moins de trente ans
avec la première bactérie transformée en 1973. Le premier végétal génétiquement
modifié, ou transgénique, est apparu en 1983. Ils représentent aujourd’hui un
véritable débat de société. En effet, si les avantages des OGM sont nettement
mesurables, les risques liés à leur consommation sont encore peu connus par la
population. Or, une très forte croissance de ces derniers est prévue d’ici à
2006. Et ce sont de plus en plus les caractéristiques nutritives des plantes
qui seront modifiées (par exemple l’augmentation de vitamine A dans le riz). Il
est donc important de s’interroger sur notre consommation d’OGM et de mettre en
place des dispositifs de sécurité, de détection, tant que nous ne connaîtrons
pas leurs véritables conséquences sur l’Homme et son environnement.
Ainsi après avoir décrit les techniques d’obtention
d’organismes génétiquement modifiés, puis les moyens de détection utilisés pour
des produits de consommation courante, nous analyserons les avantages et les
risques liés à la fabrication et à la consommation d’OGM.
La fabrication d’un OGM
Dans
cette première partie nous allons pouvoir étudier les différentes
méthodes inventées par l’Homme pour obtenir un organisme qui possède un ou
plusieurs nouveaux gènes, conférant à celui-ci des caractéristiques
supplémentaires. Ces méthodes sont classées selon deux types : les
techniques de transfert direct et celles de transfert indirect.
Techniques de transfert direct :
La
transformation directe consiste en l'introduction dans l’ADN d'un gène véhiculé le plus souvent par un plasmide* classique,
par le biais de techniques physico-chimiques.
Il existe plusieurs techniques de
transfert direct que nous allons expliciter : l’électroporation, la
micro-injection et la biolistique.
1 – L’électroporation :
L'électroporation
est une des techniques les plus simples à mettre en œuvre. Elle consiste à
soumettre un mélange de protoplastes et d'ADN à des chocs électriques.
Le champ électrique provoque la
déstabilisation de la membrane plasmique du protoplaste et conduit à
l'ouverture des pores membranaires, facilitant ainsi le passage de l'ADN dans
le noyau. Or, les protoplastes baignent dans une solution de plasmides. Ces derniers
passent donc très facilement dans la cellule qui se trouve à son tour
génétiquement modifiée.
Cette manipulation est possible car le
phénomène d’ouverture des pores est réversible. En effet, si le choc électrique
n'a pas été trop violent, la membrane peut alors reprendre son état initial.
C’est grâce à cette technique que le
riz, le maïs ou l’orge ont été transformés pour la première fois.
On peut schématiser
cette technique ainsi :
2 – La micro-injection :
La micro-injection se réalise sur des
protoplastes, dont nous avons vu précédemment la formation. L'opération consiste à introduire directement le gène étranger dans la
cellule à modifier, à l'aide d’un micromanipulateur monté avec un
microscope.
On maintient le
protoplaste à transformer avec une micro-aiguille et on
introduit le gène accompagné de son complexe promoteur-terminateur (voir
ci-dessous) dans le noyau, à l’aide d’une micro-pipette.
La cellule est alors génétiquement modifiée. Après l’injection, le protoplaste
est libéré et mis en culture sur un milieu approprié.
Un promoteur est une
séquence d’ADN placée en amont du gène et qui est nécessaire à sa
transcription, c'est-à-dire à la formation d'un messager : l'ARN (Acide
RiboNucléique), ce dernier étant une copie d'un
brin de l'ADN qui est capable de sortir du noyau. Un terminateur est une
séquence d’ADN présente en aval du gène et au niveau de laquelle l'élongation
de l'ARN prend fin (fin de la transcription).
Cependant cette méthode ne s'applique que dans des cas particuliers car
elle est complexe et lourde à utiliser : pour réussir l'opération, il faut
injecter mille copies du gène dans l'espoir qu'une cellule puisse accepter cet
ADN étranger.
3 – La biolistique :
La biolistique, ou balistique
biologique, est la méthode la plus courante. Elle consiste à propulser le
transgène* dans les cellules végétales.
On utilise des
microbilles de métal enrobées d’ADN (billes d’or ou de tungstène de un micron).
Elles sont projetées à grande vitesse sur les cellules à transformer afin de
traverser leur paroi. Ces billes seront progressivement freinées en traversant
les différentes couches cellulaires. Quelques-unes des cellules atteintes vont
alors insérer spontanément les transgènes dans leur génome. Mais le noyau de la cellule
intègre l'ADN de façon aléatoire. Il
faudra environ quinze jours pour s'assurer que les nouveaux gènes introduit se
sont bien intégrés au génome.
Cette méthode est très prometteuse, car elle permet de façon
simple et rapide d'injecter de l'ADN dans une grande quantité de cellules sans
passer par une phase protoplasmique, encore très mal maîtrisée chez certaines
espèces. De plus, cette injection peut être réalisée sur un tissu non
désolidarisé de l'organe d'origine.
Il
existe également d’autres procédés pour fabriquer un OGM : les techniques
de transfert indirect. Celles-ci utilisent l’intermédiaire de bactéries qui
véhiculent le transgène jusqu’à la cellule souhaitée. Nous allons voir comment
ces méthodes sont mises en action concrètement.
C - Techniques de transfert
indirect :
Le
développement de la transgénèse végétale a connu son essor grâce à la
découverte de bactéries telluriques* phytopathogènes : Agrobacterium
tumefaciens et Agrobacterium rhizogenes.
1
– La transfection biologique :
La
méthode de la transfection biologique utilise les propriétés de ces bactéries.
C’est une méthode plus « naturelle » que celles que nous avons vues
précédemment.
Première étape :
Tout
d’abord, on introduit le gène d’intérêt dans un plasmide. Pour cela, on utilise
différentes enzymes, notamment une enzyme de restriction et la ligase.
On obtient donc un plasmide génétiquement modifié
comprenant le gène d’intérêt.
Deuxième étape :
Dans un second temps, ce plasmide est transféré dans une
bactérie, généralement de l’espèce Escherichia coli (E. coli). On cultive les
colonies de E. coli transformées pour préparer le plasmide vecteur.
Troisième étape :
L’étape suivante a pour but de sélectionner les bactéries
E. coli qui ont été transformées. Les bactéries ayant intégré le plasmide
possèdent maintenant le gène d’intérêt, mais également un gène de résistance à
un antibiotique particulier. Les bactéries sont donc placées dans un milieu de
culture qui contient cet antibiotique. Les bactéries transformées génétiquement
seront les seules à se développer dans ce milieu, c’est ainsi qu’elles sont
sélectionnées.
Quatrième
étape :
On intègre alors le plasmide transformé dans une plante à l’aide d’une
autre bactérie : Agrobacterium tumefaciens (A. tumefaciens), qui possède
la capacité à introduire des fragments précis de son ADN dans le génome des
plantes. Le plasmide est transféré de E. coli à A. tumefaciens par choc
thermique ou par conjugaison.
Cinquième étape :
Enfin, on place dans un milieu de culture commun des
bactéries A. tumefaciens et un fragment de tissu végétal (un morceau de feuille
ou de tige par exemple). Grâce aux propriétés de la bactérie, la partie du
plasmide qui contient le gène d’intérêt est transférée dans le noyau de la
cellule végétale qui l’intègre alors dans son génome.
La dernière étape est alors la régénération de plantes
entières à partir de ces cellules.
Malheureusement, cette méthode plus
« naturelle » ne fonctionne que chez certaines espèces (tabac, colza,
tomate, pomme de terre melon et tournesol).
2 – La lipotransfection :
La technique de la lipotransfection est également une
méthode dite directe. Le but de cette méthode est
d’ « emprisonner » le gène d’intérêt dans un liposome,
c’est-à-dire une structure sphérique constituée de lipides. Ceux-ci ont la
capacité de fusionner avec la membrane de protoplastes, ils libèrent ainsi leur
contenu (ici le gène d’intérêt) dans le cytoplasme du protoplaste. Cependant,
seulement une minorité de ces gènes pourront parvenir jusqu’au noyau et
s’intégrer par la suite au génome de la cellule, c’est pourquoi cette méthode
est peu utilisée.
Conclusion :
Il existe donc diverses méthodes de fabrication d’un OGM,
basées sur des principes différents. Ces techniques fonctionnent toutes sur des
cellules végétales. Cependant les cellules animales sont spécifiques, elles ont
un rôle déterminé au sein de l’organisme, ainsi, pour créer un OGM animal, il
faut agir sur la cellule à la base de toutes les autres : la cellule-œuf
(qui donnera alors naissance à un nouvel organisme génétiquement modifié). On
utilise donc plus particulièrement la technique de la micro-injection en ce qui
concerne la transgenèse animale.
Une fois l’organisme modifié, il est nécessaire de
pouvoir vérifier que l’opération de transgenèse a correctement fonctionné,
c’est pourquoi les chercheurs ont mis en place des méthodes de détection des
OGM. De plus, cette détection est nécessaire pour informer les consommateurs
sur la véritable nature de leurs aliments : génétiquement modifiés ou non.



